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L’émotion, expression du vivant

Le 19 juin 2013

  Nous savons tous ce qu’est l’émotion : la joie, la peur, la tristesse, la colère… A peine ressenties, les émotions s’associent à des ...

 

Nous savons tous ce qu’est l’émotion : la joie, la peur, la tristesse, la colère…
A peine ressenties, les émotions s’associent à des représentations psychiques, forment des sentiments et motivent alors une réaction corporelle et comportementale.


Prenons l’exemple d’un homme qui, debout dans le métro se fait soudainement bousculer par un autre voyageur.
Il va pouvoir réagir à cette « agression » extérieure en s’écartant de l’autre, en s’exclamant… Mais d’où naît cette réaction ?
Surpris par cet élément extérieur qui vient perturber son relatif équilibre, cet homme pourra par exemple ressentir une émotion de peur puis immédiatement l’associera inconsciemment à une expérience antérieure.
De cette association naîtra un sentiment. Ce sentiment, doté d’une pulsion fera émerger à la conscience une pensée qui motivera une action : celle de répondre, d’affronter ou bien celle de s’écarter, de fuir le danger. 



Les travaux du neurologue Antonio Damasio nous affirment que l’expression des émotions dépend du système neurovégétatif.
Au départ une émotion correspond à une réaction physique face à un évènement.
Plus précisément elle correspond à la perception des manifestations visibles du corps (posture, mimiques…) et invisibles (viscérales, cardiaques…).


Du point de vue anatomique, citons simplement que les processus d’expression émotionnelle impliquent les structures corticales suivantes : l’hypothalamus, certains noyaux du tronc cérébral, l’amygdale, les neurones pré-ganglionnaires de la moelle épinière et les effecteurs végétatifs périphériques. Rappelons également l’importance du système limbique dans la coordination des réponses émotionnelles.


Si nous reprenons l’exemple cité précédemment, nous voyons que la chaîne émotionnelle prend son origine à partir d’un élément extérieur : le bousculement. Ici, le sens sollicité sera le tact, associé peut-être à la vision et à l’ouïe.


Les stimuli externes vont alors susciter des réponses émotionnelles à travers les voies sensorielles. L’émotion est reconnue par la littérature comme étant à l’origine du sentiment.
Nous savons que les signes comportementaux d’une émotion sont contrôlés par le système moteur somatique, le système nerveux autonome et l’activité neuro-endocrinienne de l’hypothalamus.
La naissance d’un comportement nécessite une activité générale du cerveau. L’hypothalamus et la glande pituitaire jouent un rôle primordial dans la réaction émotionnelle. En effet l’hypothalamus est le principal régulateur des neurones pré-ganglionnaires du système autonome.
L’hypothalamus parvient non seulement à intégrer les informations qu’il reçoit sur l’état du corps mais aussi va permettre d’anticiper une partie des besoins de l’organisme et donner de manière coordonnée des ordres neuronaux et hormonaux.


D’autre part, rappelons que les connexions périventriculaires de l’hypothalamus avec le tronc cérébral et les noyaux de la moelle épinière (où sont situés les neurones préganglionnaires sympathiques et parasympathiques) jouent un rôle primordial dans le contrôle du système autonome (système nerveux sympathique et système nerveux parasympathique). De plus le noyau du faisceau solitaire, situé au niveau bulbaire est relié à l’hypothalamus.
Ce noyau représente aussi un centre important de contrôle du système nerveux autonome. Le noyau du faisceau solitaire intègre les informations sensorielles venant des organes internes et coordonne les ordres envoyés aux noyaux autonomes à partir du tronc cérébral.


Revenons à l’exemple de l’homme qui se fait bousculer dans le métro. Intéressons nous plus précisément à l’association qui s’opère entre la perception sensorielle du stimulus externe (générée par l’action du bousculement) et une trace qu’aura laissée une expérience sensorielle antérieure dans l’histoire du sujet.


Antonio Damasio nomme ces traces provenant d’expériences sensorielles passées, les "marqueurs somatiques ".


Il rapporte que « l’élaboration des marqueurs somatiques dépend d’un apprentissage médié par un système de neurones pouvant mettre en rapport certaines catégories d’objets ou d’événements avec des états somatiques plaisants ou déplaisants".
Si bien que notre homme, au contact du stimulus sensoriel externe, va instantanément faire un lien avec une expérience sensorielle passée dont la trace émotionnelle rentrera en résonnance avec cette expérience présente. Dans notre cerveau il existe bel et bien des circuits de neurones chargés de faire fonctionner ce système de résonnance.


Du point de vue anatomique, Damasio situe l’acquisition des marqueurs somatiques dans le cortex préfrontal. Il ajoute à propos de la relation entre la formation des somatisations et des différents états émotionnels :
« Le cerveau élabore des représentations changeantes du corps, tandis que l’état de ce dernier varie sous l’impact d’influences neurales et chimiques... En même temps, des signaux émanant du cerveau ne cessent d’être acheminés vers le corps. Certains de façon volontaire, d’autres de façon automatique, à partir de régions du cerveau dont les activités ne se manifestent jamais directement à la conscience. En résultat, l’état du corps change de nouveau... » .
Ces processus de perception inconscients du cerveau et d’échanges de signaux avec le corps, peuvent expliquer comment des émotions, des stress et des pensées peuvent influencer le corps et créer à travers ces changements différents modes de somatisations.
Ceci explique aussi comment une stimulation thérapeutique peut avoir des impacts notamment en terme de soulagement du corps, à travers ces messages échangés entre le corps et le cerveau.


Damasio rapporte que l’articulation entre la survie, la régulation de l’organisme et le fonctionnement mental sont intiment reliés au niveau des tissus biologiques. Leur articulation va reposer sur des signaux chimiques et électriques.
En effet, tout cela se passe dans différents systèmes en lien avec le système somato-sensoriel qui transporte un certain nombre de signaux électriques et chimiques dans le corps par voie nerveuse ou sanguine.


Pour lui ces relations s’expliquent parfaitement par la neurophysiologie et sont liées aux substances circulant dans le sang. Ce qui nous permet d’entrevoir des mécanismes qui ne sont pas reliés seulement au fonctionnement nerveux mais à un équilibre des substances circulant dans le sang. Stimuler les tissus des somatisations nous permet donc de toucher certaines informations emmagasinées dans le corps par l’individu.
Ces stimuli réveillent les souvenirs, les émotions s’expriment, les images apparaissent, les pensées émergent.


Dans ce processus d’assemblage des représentations somatiques et des expériences sensorielles, Damasio explique que le cerveau ne peut tout archiver faute de place.
Il propose alors l’hypothèse d’un espace dispositionnel : « (…) dans lequel les dispositions contiennent le savoir de base et les mécanismes grâce auxquels les images sont reconstruites à partir de souvenirs.... Les dispositions gardent des archives d’une image qui fut effectivement perçue dans le passé et participent au travail de reconstruction d’une image similaire dans la mémoire. » . L’image n’est pas gardée en mémoire, mais est reconstruite à partir d’éléments souvenirs. En précisant que « tous nos souvenirs existent sous forme de disposition latente (synonyme d’implicite, de caché, d’inconscient), attendant de se muer en une image ou en une action explicite. » Il laisse entrevoir l’existence d’un espace inconscient. Il rappelle que « Les images peuvent être conscientes ou inconscientes, mais en revanche toutes les images produites par le cerveau n’accèdent pas à la conscience. Elles sont tout simplement trop nombreuses... ».


Retenons donc que le cortex préfrontal va associer de manière implicite et automatique des réponses émotionnelles à un stimulus. En même temps il enregistre cette association et pourra ultérieurement, lors d’une prochaine rencontre avec un stimulus identique, la réactiver.
Les marqueurs somatiques permettent donc à l’individu d’élaborer des plans d’actions à partir des rencontres antérieures avec des stimuli.



Camille de Bourgies

Bibliographie:

A.Damasio(2006). L'Erreur de Descartes, Paris: O.Jacob
A.Damasio (2002).Sentiment même de soi, Paris: O.Jacob

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